Guillaume de Vaulx, Identités de papier. Essai documenté sur la logique identitaire, Liban, Dergham, 2022, 376 pages.
Certes, l’identité ne se réduit pas à ses papiers, mais elle débute peut-être par là. C’est du moins ce qu’enseigne le cas libanais. Et ce commencement doit être pris au sérieux. Née sur les papiers, l’identité libanaise constitue alors le paradigme de l’administration des appartenances, dont ce livre dévoile les mécanismes et la philosophie qui la sous-tend.
L’essai consiste en une analyse de la logique identitaire comprise comme ce qui dicte qui nous sommes, constituant par-là une formidable opération à la fois de distinction du semblable d’avec le semblable et d’assimilation de ce qui est différent. Mais muette sur ce que nous sommes, la logique identitaire constitue un repli hors du sens. Et si les identités nous condamnaient alors à un usage du langage dépourvu de signification? S’appuyant sur la théorie des ensembles, l’ouvrage propose une théorie inédite de la logique identitaire, des appartenances qu’elle forge, des marques qu’elle appose sur les corps, des stratégies qu’elle actionne et des loyautés et adversités qu’elle engendre entre les êtres. À partir de ces principes, sont proposées des études historiques et anthropologiques sur l’identité au Liban, et apportés les éléments qui la constituent et la manifestent : principalement, la galerie unique qui regroupe pour la première fois et de façon exhaustive et commentée les papiers d’identité libanais depuis l’époque ottomane jusqu’à nos jours, ainsi qu’une série de portraits manifestant la pluralité des statuts administratifs actuels.
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Sous le titre « Raison contre raison », Guillaume de Vaulx présente une polémique islamo-chrétienne médiévale. Le débat oppose l’évêque nestorien Isrāʾīl al-Kaskarī et un disciple d’al-Kindī, Aḥmad ibn al-Ṭayyib al-Saraḫsī, que l’intervenant soupçonne d’être l’auteur des traités des Iḫwān al-Ṣafāʾ. Les traces qu’on trouve, dans ces traités, de la polémique en question nous indiquent à quoi peut servir la dispute interreligieuse : non pas à trouver un accord, mais à permettre à chacun d’approfondir sa quête de vérité.